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Saint-Martin

Chapitre séculier - Fiche à faire

Informations générales

L'église St-Martin est sans doute le plus ancien lieu consacré de Chartres après la cathédrale. Situé à l'écart sur la voie de Bourges et de Blois au sud de la cité, la basilique funéraire St-Martin est dédiée au saint évêque de Tours, au milieu de l'une des deux nécropoles suburbaines utilisées depuis le Haut-Empire. Elle se trouve à quelques mètres d'un immense sanctuaire gallo-romain fouillé depuis 2006.

Des fouilles conduites à la fin des années 2010, après celles de 1858-1862, révèlent à l'intérieur de l'église un nombre considérable de sarcophages mérovingiens, d'autres étaient déjà connus de longue date autour du bâtiment. La crypte de la première moitié du XIe siècle qui subsiste (C. Sapin, Les cryptes en France, Paris, 2014, p. 250) abrite d'éminentes sépultures et d'autres sarcophages posés sur le sol, peut-être d'évêques, à moins que ces contenants aient été pris à quelques mètres de là parmi les pièces les plus imposantes. Les évêques dorment encore au XIVe siècle en ce lieu la veille de leur joyeuse entrée, on sait qu'en d'autres cités, existe le lien entre cette nuit et un lieu antique d'inhumation épiscopale. Le vocable alors est celui de St-Martin-en-Val, et doit être préféré à St-Martin-au-Val. Lubin, évêque attesté autour de 550 et devenu saint, a été, selon sa Vita datée du IXe siècle, inhumé "dans la basilique St-Martin". La crypte est donc celle d'une collégiale, et non celle de moines comme l'historiographie l'écrit souvent, faute de se pencher sur les sources.

L'obit d'un chanoine de St-Martin au Xe siècle montre qu'il existe une symbiose entre les plus anciennes églises de la cité et de sa banlieue. Un chanoine est en effet aussi chanoine de la cathédrale et chef de la collégiale de St-Chéron.

Dans l'abbaye bénédictine de St-Père de Chartres, l'obit de la comtesse Adèle dit que grâce à un don, les moines ont reçu une prébende dans l'église St-Martin (ex cujus dono habemus unam prebendam in ecclesia Sancti Martini). La fille du Conquérant trépassée en 1137 fut mariée à Etienne II, comte de Blois et de Chartres de 1089 à 1102. C'est elle qui avait en main le comté quand son mari parti à la croisade à deux reprises, durant son veuvage précoce et la minorité de son fils Thibaud IV. Adèle prit ensuite l'habit au prieuré de Marcigny entre 1120 et 1122. Les comtes patronnaient la collégiale. Vers 1105, la comtesse Adèle, pour son salut, et son fils le comte Thibaud donnent au chapitre de la cathédrale le palefroi que "les chanoines de St-Martin-en-Val" recevaient quand le nouvel évêque, lors de sa joyeuse entrée, partait de cette église à la cathédrale. Le 22 mars 1133, Innocent II adresse une bulle à l'évêque de Chartres au sujet de l'immunité du cloître, interdisant aussi aux "chanoines de St-Martin-en-Val" de prétendre s'emparer du palefroi de l'évêque lors de sa promotion.

Le cartulaire de St-Père a en effet conservé la notice non-datée de la comtesse Adèle donnant à l'abbé (1102-1129/30) Guillaume et à ses frères cette prébende. Le don de la "prébende (...) dans l'église St-Martin" fut donc fait entre 1102 et 1120, pour les péchés de la comtesse, le salut du comte et de leurs ancêtres. Le médecin Bernard (Bernardus medicus) était accusé de détenir indûment cette prébende ; par ce don, la comtesse a ainsi éteint toute contestation. Bernard a approuvé le don de la comtesse "in capitulo Sancti Martini" et "au chapitre de St-Pierre". En conséquence, la comtesse donna le tiers de la prébende à Bernard "dans l'église St-Martin" et demande aux moines, pour son amour, qu'ils donnent au même les revenus de la moitié (restante) de la prébende jusqu'à ce qu'il perçoive le tiers promis. Le monastère a approuvé la chose. Parmi les témoins se trouvent le prévôt Hugues et les chanoines Menardus et Bernard, très certainement chanoines de St-Martin.

En 1107, un litige advient entre les Bénédictins de St-Père "et canonicos sancti Martini" au sujet de deux familles serves. Il fut réglé au chapitre de St-Martin en présence de l'abbé de St-Père Guillaume et la comtesse Adèle. Une autre notice de peu postérieure mentionne un "bourg de St-Martin-en-Val". Adèle et son mari étaient les principaux bienfaiteurs qui aboutit à la fondation d'un prieuré de Marmoutier à côté de Morée, dans le Vendômois, à Francheville, ce qui fut solennisé par l'évêque de Chartres en 1099. Vers 1115, "Goscelinus canonicus de Sancto Martino" est témoin d'un don fait par un Chartrain.

La régularisation de la collégiale en prieuré de Marmoutier ne s'est pas faite en un jour, ni facilement, ce qui ne doit pas étonner. Le 2 novembre 1119, à Reims, Calixte II adresse une bulle à l'évêque de Chartres dans laquelle il décide, notamment, que les "chanoines de St-Martin-en-Val" ne retirent pas leur obédience due à l'évêque et à l'Eglise de Chartres.

En 1128, le comte Thibaud IV doit encore confirmer le don de la collégiale fait à Marmoutier par sa mère pour le remède de l'âme de son mari le comte Etienne et de leurs âmes. Il reprend plusieurs décisions épiscopales et bulles en faisant état des bouleversements institutionnels voulus et pas toujours suivis d'effets, sans cacher les obstacles. La charte comtale raconte ceci. La comtesse avait décidé que les moines succèderaient aux chanoines qui y mourraient ou qui, changeant de mode de vie, abandonneraient leurs prébendes. Au moment de la décision de la comtesse, l'évêque Yves de Chartres (1090-1115) avait rappelé que la mutation d'une église de l'ordre clérical (clericalis ordinis) à l'ordre monastique devait se faire sous son "autorité canonique" : on comprend que celle-ci peinait encore à se faire accepter et que l'évêque voulait centraliser tous ces changements pour réduire le poids des patrons laïcs. Yves disait que ses prédécesseurs avaient reçu cette église quand il était un antique "monastère".  Ainsi, par le conseil et la main de l'évêque, la comtesse donna l'église aux moines, ce qui fut confirmé par des lettres de l'évêque et de Pascal II (1099-1118). La Patrologie Latine n'a pas conservé cette bulle. La charte ajoute qu'à cause d'empêchements, les moines n'ont pas été aussitôt investis corporellement ; dans l'intervalle, le pape et Yves moururent, la comtesse pris l'habit monastique pour laisser la puissance du comté dans les mains de Thibaud. Le comte ne voulait pas que cette "aumône" ne soit pas respectée, dit-il, tout en avouant que sa mère lui écrivit plusieurs fois depuis son monastère, car elle souffrait que son aumone ne se fasse pas. Thibaud se tourna vers Honorius II, pape depuis 1124, pour requérir le conseil et la confirmation de ce don. Le pape lui adressa une bulle demandant que l'église et les prébendes de St-Martin-en-Val soient mises dans la main de l'évêque Geoffroi de Lèves pour les transmettre aux moines de St-Martin de Tours (sic). L'évêque était alors à Rome, entendit cela de la bouche du pape : le comte devait mettre les prébendes dans la main de l'évêque pour qu'il investisse l'abbé et les moines de Marmoutier. Il en fut fait ainsi, est-il écrit : de toute évidence, le nouveau comte refusait de perdre la main sur cette collégiale. Le légat Matthieu, cardinal et évêque d'Albano, vint à St-Martin-en-Val : l'évêque investit alors l'abbé Odon de Marmoutier, présent, par le livre et le signe des cordes. Ce légat avait présidé un concile à Troyes en janvier 1128. Le lendemain de l'investiture, le comte la fit confirmer dans sa tour de Chartres par son épouse, devant le vicomte de la cité Hugues de Puiset, seul cité par ses fidèles. Une autre source, qui n'est pas contemporaine des faits, prétend que le seigneur de Puiset possédait trois prébendes dans la collégiale, du moins leur collation.

Le transfert eut donc lieu entre les actes qui mentionnent des chanoines (1107) et la mort de l'évêque Yves (1116) puisque la "mutation" se fit sous son autorié. La comtesse avait entre-temps fait le don d'une prébende aux Bénédictins de St-Père, non à ceux de Marmoutier pour préparer un éventuel projet à long terme. Cela dit, l'abbé Guillaume était profès de Marmoutier et ne put se montrer hostile à la régularisation du prieuré en faveur de son ancienne abbaye. St-Père se situait à quelques centaines de mètres au nord de St-Martin-en-Val.

pbl prévôt 1120, Yves approuve mort en 1116

En 1127, Honorius II confirme les biens des Bénédictins de St-Père parmi lesquels les revenus d'une prébende dans la collégiale (redditum prebende ecclesie Sancti Martine in Valle), et non pas la prébende en elle-même comme on doit bien le lire. Il y eut une période flottement où des églises intéressées au fonctionnement interne de la collégiale, se virent lésées par la régularisation exigée par la comtesse. En 1128 donc, Thibaud IV confirma le don fait par sa mère (contulit) de "l'église et des prébendes de St-Martin-en-Val dans la banlieue de Chartres" (aecclesiam et prebendas) aux moines de St-Martin de Marmoutier. Les "chanoines" peuvent mourir sur place en gardant leur prébende ou changer de vie en l'abandonnant, comme il arrive souvent.

Le 18 janvier 1132 (n.st.), l'évêque Geoffroi de Lèves notifie que les chanoines réguliers de St-Jean-en-Vallée de Chartres possédaient les annates des chanoines défunts de St-Martin-en-Val (in ecclesia Sancti Martini de Valle annuales defunctorum canonicorum), que les Bénédictins de St-Père possèdent dans la même église une "prébende" et la léproserie, une autre. Mais comme Honorius II (1124-1130) et l'évêque ont approuvé le don de cette église fait par le comte Thibaud aux moines de Marmoutier, la situation est changée, ajoute le prélat : il n'y avait en effet plus de prébendes et les églises se trouvaient lésées. Innocent II qui règne alors a approuvé la nouvelle organisation. L'évêque organise avec de nombreux conseillers les dédommagements en rentes en argent et en nature, en présence de Gautier prieur de St-Martin-en-Val.

En 1095, Yves de Chartres avait consacré le nouveau prieuré situé dans la banlieue de sa cité, au Petit-Beaulieu, fondé par les Clunisiens de La Charité-sur-Loire.

Comme souvent sous l'Ancien Régime, des prieurés passent à d'autres institutions selon une chronologie difficile à reconstituer.

An 1791, l'église est donnée au Bureau des pauvres à l'intention des vieillards et des orphelins. En 1822, Mgr de Lubersac, évêque de Chartres, y est enterré, suivi en 1857 par Mgr de Montals. Entre 1828 et 1831, en vertu d'une libéralité de la fille de Louis XVI, le site prit le nom d'Hospice Marie-Thérèse. Sous la monarchie de Juillet, il prit le nom définitif d'Hôpital St-Brice, relevant le vocable d'une église disparue à proximité durant la Révolution. D'importantes restaurations se font dans l'église dans les années 1860. Les bâtiments voisins relèvent des hôpitaux de Chartres. En 2019, l'église est toujours en cours de fouilles. Propriété de la commune, elle est toujours affectée au culte

Frise chronologique

Localisation

Localisation administrative actuelle

  • Chartres (Eure-et-Loir, France)

Géographie religieuse médiévale

  • Diocèse de Chartres (province ecclésiastique de Sens)

Transformations de l'établissement

Transformation de l'institution Les informations concernant les transformations sont en vert sombre dans la frise

État du chapitre

  • Chapitre séculier (communauté masculine) entre 950 et jusqu'en 1128

    L'obituaire de la cathédrale de Chartres (XIe s.) mentionne l'obit de Balduinus levita et canonicus Sanctae Marie, abbas Sancti Carauni et Sancti Martini, qui vivait avant 962

État postérieur

  • Prieuré (dépendance) entre jusqu'en 1128 et 1663

    En 1128, le comte de Chartres Thibaud IV confirme le don fait par sa mère la comtesse Adèle de l'église Saint-Martin aux Bénédictins de Saint-Martin de Marmoutier (diocèse de Tours). Le don est  antérieur à la mort de l'évêque Yves qui autorisa cette mutation ; Gaubertus "prior Sancfti Martini" apparaît en 1134

  • Prieuré (dépendance) entre 1663 et 1664

    Les revenus (?) du prieuré sont unis au prieuré mauriste de la Bonne-Nouvelle à Orléans, réformé précisément cette année-là. Le prieuré orléanais dépend de Marmoutier. Les archives du prieuré chartrain ont eu le temps d'être transférées, malgré son bref rattachement

  • Couvent mendiant entre 1664 et 1790

    Des Capucins sont installés grâce au chancelier Séguier

Effectifs

Chanoines et dignitaires Les informations concernant les chanoines et dignitaires sont en rouge sombre dans la frise

  • chanoine (sans les dignitaires) entre 1107 et jusqu'en 1128

    Un litige concernant la collégiale en 1107 mentionne sept chanoines témoins (omnes canonici sancti Martini)

  • prévôt entre circa 1120 et jusqu'en 1128

Patron Les informations concernant les patrons sont en rouge claire dans la frise

Prébende de simple chanoine

  • Comte de Chartres jusqu'en 1128

Documentation

Sources manuscrites

  • Archives départementales du Loiret, H 180-200

Sources imprimées

  • A. Molinier, Obituaires de la province de Sens (Recueil des historiens de la France. Obituaires, 2), Paris, 1906, p. 14, p. 184

  • Cartulaire de l'abbaye de Saint-Père de Chartres, éd. B. Guérard, Paris, 1840, t. 2, p. 262, p. 309-310, p. 341, p. 374-377, p. 454-455

  • Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, éd. E. de Lépinois et L. Merlet, Chartres, 1862, t. 1, p. 113, p. 126-128, p. 131-134, p. 139-142

  • Cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres, éd. R. Merlet, Chartres, 1906, p. 10

Bibliographie

  • X. Barral i Altet, "La crypte de Saint-Martin-au-Val à Chartres : remarques sur le travail et la culture d'un groupe de sculpteurs au XIe siècle", Francia, 1988, p. 19-29

  • https://monumentum.fr/hopital-saint-brice-pa00097001.html

  • Ch. Delaplace, J.-Ch. Picard, "Chartres", Topographie chrétienne des cités de la Gaule, t. 9, 1996, p. 40

Les informations en italique sont incertaines

Auteur(s) de cette notice: Jean-Vincent Jourd'heuil, le 18/3/2020
Pour citer cette fiche:
Jean-Vincent Jourd'heuil, « Fiche de la collégiale Saint-Martin de Chartres », Collégiales - Base des collégiales séculières de France (816-1563) [en ligne <http://vafl-s-applirecherche.unilim.fr/collegiales/?i=fiche&j=728>], version du 18/3/2020, consultée le

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